Lettre de rentrée de M le Directeur

Chers Parents, Chers Elèves,

Quelques néologismes, comme présentiel, c’est-à-dire des élèves dans une classe avec un vrai professeur, indiquent combien l’école est toujours plus soumise aux ruptures de la modernité et toujours en marche vers « l’école de demain ». L’adaptation est devenue le slogan cardinal d’un monde éducatif liquide, dirait Zygmunt Bauman, où rien ne doit s’installer pour toujours. Des programmes aux méthodes en passant par les examens, tout doit être sans cesse renouvelé, à grand renfort d’innovations technologiques présentées comme les solutions à tout. Ces réformes visent la déconstruction de méthodes polies par le temps, pourtant maintes fois éprouvées.

La mise en place de Devoirs Surveillés au Lycée des Métiers (car laisser croire à un jeune que l’on peut apprendre un métier sans maîtriser les fondamentaux scolaires est une imposture), d’une organisation par semestre en 1ère et Tle au LGT, avec des partiels essentiellement écrits et exigeants, comme dans le supérieur, ou d’un certificat d’études à la fin du cycle 3 au collège, n’expriment pas la volonté de ressusciter des fixités du passé ni une transmission qui a parfois perdu le sens de la liberté et de son ouverture au nécessaire éveil des consciences. Ces choix indiquent que notre établissement ne succombera pas au syndrome du Cercle des Poètes disparus car c’est à l’intérieur du legs des Anciens que la nouveauté devient possible, c’est à partir de ce qu’ils nous ont transmis que nous pourrons aller plus loin qu’eux. Au nom de quoi cette « école de demain », qui relègue la France au fin fond des classements PISA, TIMSS ou PIRLS serait un progrès ? Si nous n’entrerons pas dans la querelle dépassée entre anciens et modernes au sujet du numérique, mes Adjoints ne laisseront pas l’écran prendre la place du livre car ce que peut le livre, l’écran ne le peut pas, comme ce que peut le texte, le codage ne le peut pas. Pix, la nouvelle certification numérique lancée dans le cadre du dispositif des startups d’État sera ainsi traité en-dehors des apprentissages des fondamentaux à l’Immaculée Conception, comme tout ce qui concerne la pensée algorithmique qui enferme la réflexion pour fabriquer de l’opinion sans jamais dire aux jeunes à quoi nous sommes attachés. L’outil numérique sera cependant utilisé, chaque fois qu’il permet de transmettre davantage, de progresser en langues étrangères, de servir la médiation des professeurs et surtout d’échapper à certains manuels scolaires grâce aux applications qui permettent de proposer un manuel maison, comme c’est déjà le cas en SVT, par exemple. De même, les résultats de nos élèves obtenus à Parcoursup, dans les filières les plus sélectives de la voie générale ou professionnelle démontrent combien nous innovons pour préparer les jeunes au post-bac, avec la création de ce poste de conseillère d’orientation dans l’établissement, associée aux professeurs principaux et à la direction.

 

Nous innovons aussi en reprenant cette année, en gestion directe, la restauration scolaire, qui ne sera plus assurée par une société privée. Je souhaite privilégier les circuits courts afin de proposer des produits de meilleure qualité, issus d’une agriculture de territoire. Cette décision ne vise pas plus un projet vert à la mode que la simple satisfaction d’un besoin qui se répète tous les jours car le repas est aussi une construction culturelle, notamment en France, l’expression d’une civilisation, que les Elèves des sections cuisine et service du Lycée des Métiers mettront en avant au restaurant d’application et prochainement, nous l’espérons, dans la salle aux cent couverts du château de Pau. L’objectif sera un fabuleux voyage des arts de la table du Moyen-Age à nos jours. Le repas, la table, doivent devenir pour nos élèves une célébration de la manière dont on vit, dont on cultive. Nous prenons donc en ce début d’année la nourriture au sérieux… en plaçant le plaisir de manger et de se retrouver dans un espace totalement rénové sur le pôle général.

Je porte enfin à votre connaissance l’arrivée d’un nouvel aumônier, le Père Damien Bernier, curé de Lescar, qui sera associé à l’Abbé Clément Darmet. Nous avons aussi la joie d’accueillir Paul Roy, séminariste de la Fraternité Saint Pierre, et Marie-Clémence, Dominicaine du Saint-Esprit, qui épauleront les Soeurs de la Famille Missionnaire de Notre-Dame. Nous pourrons ainsi pousser plus loin nos propositions en mettant en place un cercle des lycéens, par exemple, et retrouver, après cette période difficile, une démarche de Foi collective toujours plus tournée vers le sacré et loin des « post-humains », une démarche pleine de rigueur mais sans raideur.

En définitive, si être disruptif n’est pas une qualité à l’Immaculée Conception, cela n’empêche nullement les professeurs, l’ensemble du personnel, sous l’impulsion de mes adjoints, d’innover, d’être en mouvement, vers ce qui ne bouge pas, afin de donner l’occasion à nos élèves d’avoir envie de se donner, pour reprendre Gustave Thibon. Aux calculs marchands de la modernité, nous préférons l’exemple de la magnifique victoire du colonel Beltrame, de l’expression de son engagement, du choix qu’il avait déjà fait, pour apprendre à nos élèves ce qui mérite leurs efforts et fera d’eux des femmes et des hommes solides plutôt que liquides, des femmes et des hommes capables, grâce à la culture classique reçue et une véritable école de la pensée, au lieu d’être juste bons à entrer dans des cases, d’aller vers eux-mêmes et leur propre liberté.

En me recommandant à vos prières, je vous prie d’agréer, Chers Parents, Chers Elèves, l’expression de mes salutations dévouées dans le Seigneur.

        Pau, le 10 septembre 2021


        Le Chef d’Etablissement

        

        Christian Espeso