Les pièces vues

 

                                                     ANNEE 2016-2017

NOTRE QUATRIEME PIECE: BOVARY de TIAGO RODRIGUES  mercredi 15 février 20h30

Tiago Rodrigues, directeur du Théâtre national de Lisbonne, monte Bovary, d’après le procès intenté à Flaubert pour « outrage à la morale publique et religieuse ».
Le 29 janvier 1857, Gustave Flaubert comparait devant la sixième chambre du tribunal correctionnel de la Seine sous le chef d’inculpation d’« outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Ce jour-là, Baudelaire subit le même sort pour les mêmes motifs, ses Fleurs du mal s’étant attiré elles aussi les foudres de la censure. Baudelaire sera condamné. Flaubert sera acquitté. Mais dans les deux jugements, il est mentionné le blâme pour excès de réalisme…
Sur le plateau , où sont disposés quelques paravents lumineux, les cinq protagonistes de Bovary arpentent l’espace, jetant à leurs pieds des feuilles blanches par poignées. Sur ce sol blanchi de pages arrachées à la littérature et foulées aux pieds, nous allons assister à l’un des procès les plus incroyables, mené de main de maître par deux hommes férus de littérature mais que tout oppose dans leurs convictions philosophiques, politiques et religieuses. Le premier est le procureur impérial Pinard. Le second est maître Sénard, l’un des meilleurs avocats du barreau de Paris. La tension est là, palpable. Phrase pour phrase, mot pour mot : l’un attaque, démontre, accuse, le regard et le geste inquisiteurs. L’autre pare, contre-attaque, retourne l’argument.
Le livre est analysé sous toutes les coutures, décortiqué, désossé
La littérature, la fiction sont au cœur de ces échanges survoltés, vifs, passionnés. Mais aussi la religion, la liberté, la transgression… Le livre est analysé sous toutes les coutures, décortiqué, désossé. Pinard lit entre les lignes. Son réquisitoire est à charge. Emma Bovary est jugée adultère, frivole, lascive, immorale, obscène, désinvolte… Pinard parle d’Emma comme si elle était là, dans le prétoire, en chair et en os, oubliant qu’elle n’existe pas, qu’elle n’a jamais existé, qu’elle est une héroïne de roman. Mais c’est peut-être pour ça qu’elle est encore plus dangereuse. Cette petite provinciale mal dégrossie, mal mariée, va trouver au plus profond d’elle la force de s’affranchir de tous les interdits, de braver la morale et de défier la médiocrité des personnages et des paysages qui l’entourent. Alors, oui, Emma est coupable aux yeux de la loi des hommes, portée par son seul désir de vivre et d’aimer sans se soucier des convenances. Coupable de mélancolie, coupable de se laisser porter par ses rêves, de s’abîmer les yeux dans les livres, de vivre sa passion jusqu’à en mourir, coupable d’aimer éperdument comme elle s’ennuie éperdument.

 

 

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Notre troisième pièce: Nobody  de Cyril Teste mercredi 25 janvier 20h30

Sous le grand écran qui occupe la moitié de la scène, une grande baie vitrée. derrière cette façade de bureaux, une dizaine d'employés  évoluent dans un open space.

Jean Personne – Mister Nobody – est consultant en restructuration. Avec ses collègues, il mesure la rentabilité productive des entreprises et dégraisse, repositionne, réoriente, allège et fluidifie, bref, licencie et élimine, considérant seulement la force de travail à économiser et méprisant souverainement la personne derrière le travailleur. Il n’y a plus personne dans le monde de Jean Personne : la moralité et les sentiments sont évacués. Restent des chiffres – « des statistiques », comme les réclame le stagiaire désopilant dont la naïveté révèle la brutalité cynique des comptables –, et des pantins anémiés et anomiques, qui se croisent sans se toucher. Voilà des ressources humaines qui achèvent de déshumaniser le monde de l'entreprise, de détruire les individus!

 

 

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Notre deuxième pièce de la saison : Hearing 18 novembre 20h30

Texte & mise en scène Amir Reza Koohestani

avec Mona Ahmadi, Ainaz Azarhoush, Elham Korda, Mahin Sadri

spectacle en persan, avec surtitres // durée 70 minutes

 


 

Délicatement, subrepticement, les voix se dévoilent. Sur le plateau à nu, seulement découpé de carrés de lumière, deux jeunes femmes voilées répondent l’une après l’autre à un interrogatoire muet venu du public, scrutant la masse noire et compacte, jusqu’à ce que soudain, au coeur des ténèbres, assise en bout de gradin, s’éclaire et prenne la parole une figure, voilée aussi. Les questions fusent, l’intrigue se dessine...

Dans un internat, pendant les vacances, Neda aurait fait entrer son petit ami dans sa chambre et aurait rigolé avec lui. Cependant, le bâtiment des filles et ses soixante chambres est une forteresse imprenable fermée à double tour, des barreaux aux fenêtres, régie par une discipline implacable.

Le soir du nouvel an, Samaneh ne voulait pas que son amie Neda reste seule, elle est donc venue la chercher. À travers la porte, elle a entendu la voix d’un homme mais elle ne l’a pas vu. Elle n’a pas frappé puisque Neda n’était pas seule. Il n’y a donc aucune preuve. Pourtant un rapport aurait été écrit. Mais par qui ? La chef de dortoir, celle qui détient la clé du bâtiment, absente ce soir-là (aurait-elle découché ?) les interroge l’une après l’autre,puis ensemble.

Cet épisode de la vie d’un internat en Iran, dont on ne connaîtra jamais la véritable issue, changera en revanche radicalement et irrémédiablement la vie des deux jeunes femmes. L’une d’elles apprendra à faire du vélo pour trouver du travail lors de son exil en Suède. Elle aime encore monter la côte pour la redescendre en roue libre, sans jamais freiner. Il n’y a pas d’entreprise métaphorique ici, tout est dit, Amir Reza Koohestani écrit, crée et joue ses spectacles sous le regard vigilant de la censure du pouvoir en place, et il dit tout ce qu’il a à dire sur la société iranienne contemporaine. Même s’il utilise les codes dramaturgiques de nombre de ses confrères occidentaux – espace vide, vidéo, absence de quatrième mur –, le théâtre de Koohestani est purement oriental au sens où il est dépourvu d’hystérie.

Ce théâtre intelligent, politique et d’une ascétique somptuosité est aussi un théâtre plaisant, joyeux en dépit de ce qu’il relate. C’est un théâtre fort où ce qui est en cause est l’homme aux prises avec lui-même, l’homme dans la cité. Ici, rien de dégradant n’est mis en jeu : pas d’affaires intimes, pas de questions d’argent, de sexe débordant. Aucun commentaire. Jamais un bon mot, jamais un prêche, jamais une dénonciation. Ce théâtre-là n’est pourvu d’aucun manichéisme qui opposerait les sociétés démocratiques et les autres, les bons et les méchants, le Nord et le Sud. Il y a au coeur de ce théâtre sans folklore et indéniablement inscrit dans la société iranienne d’aujourd’hui un argument inattendu, une critique sociale qui mène hors de l’ennui des stéréotypes et mobilise le ressort le plus secret du plaisir : la subtilité.

Fabienne Madray

 

 

              Rouge Decanté mercredi 19 octobre 2016 20h30 Lons salle James Chambaud.

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Notre première pièce de la saison : Rouge décanté

mise en scène par Guy CASSIERS et interprété par Dirk ROOTHOOFT

 

Il en va de certaines pièces comme de certains livres ou de certaines musiques : elles deviennent culte avec le temps. Rouge décanté est de celles-là.
Créée voilà plus de dix ans, reprise chaque année à Anvers où des fidèles reviennent la voir comme on ferait un pèlerinage, elle a été jouée sur les scènes du monde entier.
Au départ, il y a un livre écrit par Jeroen Brouwers, écrivain néerlandais curieusement méconnu en France. Rouge décanté relate les souvenirs de l'auteur, qui, enfant, fut enfermé avec sa mère, sa grand-mère et sa sœur dans un camp d'internement japonais lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce texte douloureux et puissant, qui raconte un pan de l'histoire longtemps resté occulté, Jeroen Brouwers relate l'horreur de ce qu'il a vu, mais plus encore l'état d'un enfant qui absorbe ce qu'il voit sans comprendre, et les conséquences que cela a sur sa vie d'adulte. Il dépeint comment une part de lui est restée là-bas, dans les camps, brisant sa relation à sa mère puis aux femmes, entravant son accès aux émotion. Comme l'affirme Guy Cassiers « c'est une ode à la survie par l'imagination et aussi, malgré la haine qu'il affirme, une ode à sa mère ».
Pour transposer ce récit sur scène, Guy Cassiers a comme souvent utilisé les ressources du son et de la vidéo, qui chez lui viennent amplifier l'émotion et l'humanité des êtres, installant une forme d'intimité et invitant à imaginer ce qu'on ne voit pas.
Rouge décanté parvient ainsi à créer sur scène l'espace mental de cet homme, un homme morcelé, démultiplié par les caméras qui le filment au plus près, toile d'araignée dans laquelle il se débat. Il s'agit ici d'entrer physiquement dans sa mémoire, dans sa chambre intérieure. « Je voulais que tout l'espace devienne la personne, que les spectateurs ne soient pas seulement passifs et dans l'écoute d'une autre personne mais qu'ils entrent vraiment dans la vie de cet homme » explique Guy Cassiers.
Ici les techniciens (lumière, caméra, son) sont comme les musiciens de jazz accordant leurs instruments sur celui de Dirk Roofthooft, prodigieux dans ce rôle qu'il joue aussi bien en flamand qu'en anglais, français ou espagnol. Passant par tous les âges, jouant l'enfant de cinq ans comme l'homme mûr, l'acteur flamand livre une interprétation sidérante. « Se mettre à nu, c'est le minimum pour espérer créer un miracle. Dans Rouge décanté, il faut faire autant attention à ce que le personnage ne veut pas dire qu'à ce qu'il veut dire. Il faut que j'invite au silence », livre-t-il.
D'une grande intensité, Rouge décanté descend profondément, comme en apnée, dans la noirceur et la cruauté humaine, mais invite dans le même temps à un voyage bouleversant, d'une très grande beauté.  

 

Fabienne MADRAY

 


 ANNEE 2015-2016

Matamore   Mardi 2 février 2016 - Place VERDUN sous chapiteau - 19h00

 

Prenez deux compagnies aux univers bien dessinés : Le Cirque Trottola et Le Petit Théâtre Baraque.

Mélangez tout cela avec une bonne dose d’amitié.

Faites couver sous un chapiteau aux allures d’arène : tout d’or et de rouge orné. Et voici Matamore ! Matamore ? Drôle de nom… Rien de fanfaron dans ce spectacle pourtant. Chaque artiste a su trouver sa place, faire ses petits tours de piste puis s’en aller pour qu’un autre apparaisse. Clowns blancs ou noirs, Hercule de foire dérisoires : tous ces personnages ont un petit air fatigué. Le colosse a beau bomber le torse, il fait penser au dernier des hommes * ou à ces clochards qui balbutient et se soutiennent à peine dans nos rues. Ils sont ainsi des monstres magnifiques qui comme ceux des films de Fellini nous tendent le miroir de notre cruauté.Dans leur monde, on joue avec des pistolets, on mutile des clowns de papier, on oublie un pauvre trapéziste suspendu. On se malmène, on est en sueur. L’artiste ici semble en définitive assumer toute la douleur du monde, comme le pantin des créations de Kantor. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si, justement, une marionnette à taille humaine intègre la troupe dans un numéro magnifique.On rit, on s’ébaudit, on applaudit, mais on sent une forme de nostalgie. La musique faite de sons qui embarquent et de beaux airs est une réussite. Elle nous propulse dans un autre temps. En effet, Matamore a parfois des allures d’hommage. On y sent un amour profond pour le cirque d’antan avec ses paillettes, ses petits chiens de spectacle pauvre, ses clowns, ses numéros. Mais on n’assiste pour autant pas à un spectacle de cirque traditionnel. Par exemple, les numéros s’enchaînent avec une drôle de temporalité comme ralentie, presque onirique. Les transitions n’en sont pas. Matamore serait plutôt un cirque sorti d’un tableau de Chagall, de Seurat… d’un songe. Ce rêve serait commun à deux troupes et partagé avec le spectateur. On n’en sort pas indifférent.

"Epoustouflant, déconcertant, magique, unique, sublime, incroyable!" (Salomé, Léo, Paul, Peio, Elsa, Candice)

 

 Princesse Vieille Reine de Marie Vialle                                        Mardi 19 janvier 2016

Grande, brune au teint clair, silhouette déliée et moelleuse à la fois, maintien de danseuse, plastique de déesse, chevelure baudelairienne, Marie Vialle frappe par sa singulière beauté et l'autorité qui se dégage de tout son être. Comédienne, musicienne, elle excelle dans des registres très différents, laissant toujours sourdre ce qu'il y a d'enfance, d'insolence mutine, de pureté en elle. L'écriture de Pascal Quignard est belle, mais le roi du mot précieux, des formules poético-érotiques et de la fine ellipse, sème ses récits d'embûches. La jeune comédienne a su les éviter. Avec un instinct et une implication de chaque instant, elle évite toute grandiloquence. Tour à tour princesse, chatte et vieille reine, elle joue la carte de l'émotion contenue et de l'humour détaché.
Des contes de fées écrits par un roi des mots et dits par une princesse de la scène, une très belle prouesse artistique.
« L’empereur Charlemagne eut une fille qui s’appelait Emmen. Eginhard était le nom du Secrétaire du Palais. Leur attirance fut spontanée. Ils se regardèrent, ils se plurent, ils tendirent leurs mains devant eux, ils les saisirent. Aussitôt ils s’aimèrent. Ils désiraient se voir tout le temps. Il se trouva qu’un jour Emmen eut l’audace de glisser ses doigts à l’intérieur de la main d’Eginhard : c’était dans l’ombre d’une église. Un jour les lèvres d’Eginhard touchèrent la bouche d’Emmen : c’était dans un bois de peupliers. Ils tremblaient. Tout tremblait. Leurs lèvres aussi tremblèrent."

                    " Un jeu très poétique et musical, un esthétisme parfait"  Louna 1°2

 

Mission de Raven Ruell                                                          Mercredi 6 janvier 2016

MISSION de Raven Ruëll au Palais Beaumont 20h30-22h45 Bouleversant portrait d’un missionnaire belge au Congo, Mission aborde l’ère post-coloniale du point de vue de la foi et pose la question des absolus et de leurs dangers.
La pièce traque les survivances du colonialisme jusque dans ses plaies ouvertes en libérant la parole. Elle prolonge la pensée d’un humanisme fondé « sur le partage de ce qui nous différencie, en deçà des absolus.»
Mais qu’en est-il de cet en deçà en 2015 ? Une réplique du père André, magistralement interprétée par Bruno Vanden Broecke, agit comme une secousse intellectuelle : « chaque jour, je comprends de moins en moins les viols, les ténèbres, l’angoisse.» Elle pose la question de ce que les hommes peuvent faire au nom de Dieu au XXI°siècle.
Un acteur totalement habité par son personnage et un public conquis par un monologue profond et ô combien percutant.

                                         " Un monologue très intense et dénonciateur que l'on ne pourra oublier" Lucie 2de5

 

 Andreas de Jonathan Chatel                             Jeudi 10 décembre 20h30 Théâtre Saragosse

Il l’attendait. Assis sur un banc, quelque part dans une ville étrangère, perdu dans la solitude hantée d’une errance sans étoile. Écrivain célèbre et réprouvé, rongé par les tourments de la création et le sentiment de persécution, il a rompu les attaches de son existence d’avant, abandonné ses proches, ses biens et ses ambitions littéraires. Il est devenu L’Inconnu, exilé et prisonnier de lui-même, reclus dans la béance intime qu’a creusée sa chute. Il brûle d’une révolte infernale qui le dresse sans cesse contre la vie. « J’ai senti que tu m’appelais » dit « La Dame », qui le rejoint. Cette femme mal mariée, rencontrée la veille et sitôt séduite, peut-elle le sauver de la tentation du néant et l’aider à se réconcilier avec le monde, avec Dieu ? Comment échapper au conformisme social et au dogmatisme religieux ? Tous deux vont fuir pour vivre l’amour, échouer dans un hôtel minable puis devoir quémander l’aide des leurs, subir les pieuses remontrances de la belle-mère, traverser la maladie… L’Inconnu aura à parcourir ce long périple, assailli sans répit par ses démons, ses doutes, ses entêtements. Comme Saül, futur Saint Paul, l’éprouve sur le chemin de Damas, l’humiliation ouvre à la lumière…

 andreas

         " Un très beau jeu d'acteurs et une plongée dans les fragilités humaines" Calypso 2de3

 

 


 

ANNEE 2014-2015 

                                              

Mardi 5 mai 2015

Probablement une des pièces les plus bouleversantes de noirceur d'Henrik Ibsen, Petit Eyolf nous dessine la mort d'un enfant de onze ans, noyé pour échapper à l'ignorance de ses parents. Paralysé depuis son plus jeune âge à cause de leur irresponsabilité, il erre et tente de trouver une place et de l'amour entre une mère égocentrique et un père absent qui échappe à toute cette réalité en se cachant derrière sa philosophie infructueuse.

Comme toujours chez Ibsen, le drame de la mort entraînera l'effondrement de la cellule familiale. Les parents devront payer le prix de leur faute originelle et oscilleront entre révélations envers eux-mêmes et culpabilité infinie.

Que se passe-t-il lorsque notre exigence fanatique d’harmonie est balayée par une crise? Le philosophe Alfred Allmers a pris la décision irrévocable de renoncer à son oeuvre pour se consacrer à Eyolf, son garçon handicapé. Ce projet est aussitôt mis à mal par la noyade d’Eyolf, qui laisse derrière lui l’image obsédante de ses yeux, grands ouverts, regardant depuis le fond du fjord. La haine, les pulsions sexuelles inavouables, la violence et le dégoût de l’autre refont surface et entraînent Alfred, sa femme Rita et sa demi-soeur Asta aux limites de la folie. Choisissant de ne pas faire intervenir l’enfant sur scène, Jonathan Châtel adapte et resserre la pièce d’Ibsen pour en livrer une épure superbe toute en mystère et en délicatesse.

Petit Eyolf a reçu le Prix du Public au festival Impatience 2013.

«Une pièce qui parle de nous»

C’est là le thème de «Petit Eyolf» d’Ibsen, présenté au Théâtre Saragosse ce mardi 5 mai par la Cie Elk, sur une mise en scène de Jonathan Châtel.«J’ai voulu monter cette pièce quand je vivais en Norvège parce que c’est une pièce qui parle de nous et que je sentais très fort, en Norvège cette pression de l’idéal, dont parle la pièce et qui génère beaucoup de contradictions et de vide.» explique le metteur en scène. «La pièce parle de nos idéaux, de cette manière dont on les confronte à la réalité.à travers, Ibsen, j’ai voulu parler du malaise de nos sociétés obsédées par la perfection. Aujourd’hui tout doit être parfait : le couple, l’éducation, la sexualité, la vie professionnelle. Alors que se passe-t-il lorsque nos exigences folles d’harmonie sont balayées par une crise ?»

Ainsi, il a supprimé, sur scène, la présence du petit Eyolf, avec pour résultat une absence qui accroît sa présence. «Mon désir a été de recentrer le propos sur les dérèglements du monde adulte et de rendre l’enfant d’autant plus présent comme objet fantasmatique.» poursuit Châtel qui a, par ailleurs réduit l’espace et le décor à l’essentiel.On n’est, en effet, plus ici dans une maison bourgeoise donnant sur le fjord de la pièce d’Ibsen, mais sur une motte de terre où traînent quelques briques cassées. Des vestiges d’une vie brisée sur lesquels les cinq comédiens de la compagnie Elk se confrontent à la férocité et la violences des pulsions et des sentiments dépassés par l’obsession de la perfection, le mensonge et leurs propres contradictions. 

 Un superbe moment qui clotûre cette première année !

 

 Lundi 26 janvier 2015           Conversation avec un jeune homme, d'Agnès Limbos

Une dame assise à une table. Un jeune homme dansant dans la forêt. Deux corps en pleine métamorphose qui se rencontrent… Sous le regard du loup qui rôde, ils conversent – sans parole – sur la vie, la mort ou l’étrangeté du monde... Leur langage se compose de ce qu’ils ont à portée de main : de singuliers objets récupérés ici et là, aux évocations tantôt macabres, tantôt kitsch et toujours pleins d'humour et de tendresse. Un service à thé s'abritera sous des fleurs de tissu, quelques animaux empaillés rencontreront des ceps de vigne sur un lit de gazon plastique...

Dans ce décor de sous-bois brodé et peuplé de corbeaux empaillés, le loup rôde. Comme une métaphore de nos fantasmes, de nos peurs, comme une menace ancestrale, l'animal teinte cette amusante vanité vivante d'un soupçon d'inquiétude.

Quand danse et objets dialoguent d'un même silence

* Des objets métaphoriques

Le théâtre d'objets est un théâtre qui utilise la métaphore, l'ellipse, le symbolisme et les échelles de grandeur. Il renvoie à une poétique singulière, qui fait appel à l'imaginaire collectif. Agnès Limbos est une collectionneuse : elle dispose d'un atelier rempli d'objets qui ont déjà vécu. Elle les choisit pour leur pouvoir évocateur.

L’objet est utilisé pour sa valeur poétique et métaphorique : Agnès Limbos ne modifie pas la matérialité de l’objet. Elle le prend "tel quel" et le détourne peu de son fonctionnement initial. Une maquette de bateau évoquera le voyage, un gant en peluche sera métonymique d'un loup, un corbeau représentera la mort... Tous les objets récurrents dans Conversation avec un jeune homme participent à dessiner comme un tableau de vanités.

* La mise en scène de deux corps divergents

Les deux personnages, à deux âges différents de la vie, incarnent deux êtres en mutation, deux époques, deux approches. Le trouble provient de la transformation de leur chair à tous deux : l'un dans la métamorphose de son corps d’enfant, l’autre dans la métamorphose de son corps de femme . Assise sur un siège rotatif à roulettes, la dame manipule des objets à la table. Chacun est exposé avec précaution et précision au public. Un geste pour l'amener, un autre pour l'utiliser, un suivant pour le remporter, le dissimuler. Dans cette économie de geste se dessine une chorégraphie d'objets. Entre la comédienne et l’objet s'opère aussi un véritable jeu qui oscille entre détachement et émotion. Tantôt l'objet sera dénié, tantôt contemplé avec une intense expressivité. Quant au jeune homme, il parle avec son corps : de la danse classique à la danse contemporaine, usant de tout type de mouvement, il habite le plateau de sa présence mystérieuse. L'ardeur et la vivacité de sa jeunesse, comme un contrepoint au sur-place de la dame, nous entraîne dans une époque tantôt moderne tantôt intemporelle...

Une approche poétique, un monde qui nous transporte en fonction de son vécu, de son parcours, de ses rêves ou désillusions...

 

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Mardi 2 décembre 2014                    Rendez-vous Gare de l'Est

     Avec la théorie du chaos, on sait depuis longtemps que le battement d’aile d’un papillon peut changer la face du monde. Dépendante d’une pharmacopée qui la maintient à la surface du réel, voilà l’histoire d’une jeune femme qui s’imagine avoir découvert un médicament, l’Abilifye, au nom si poétique qu’il pourrait être celui d’un papillon apte à transformer le cours de sa vie.


    Écrit et mis en scène par Guillaume Vincent, Rendez-vous gare de l’Est tient de la confession tout autant que du théâtre documentaire. Aussi sensible que réaliste, ce monologue nous fait partager six mois de l’existence d’une trentenaire sous influence qui évoque, avec pudeur mais sans se voiler la face, les rapports avec son mari et l’hypothèse de ne jamais avoir d’enfant tout comme les relations avec ses collègues de travail et les parenthèses de ses séjours à l’hôpital psychiatrique où on l’a étiquetée sous le sceau des maniaco-dépressives.


    Émilie Incerti-Formentini incarne cette « Desperate Housewife » avançant sur le fil du rasoir entre normalité et folie. Cernant les contours d’une existence, ce récit est d’abord l’auto-portrait d’une vivante trop lucide déterminée à sortir de la chrysalide chimique qui la maintient sous cloche. Déployer ses ailes sans plus craindre les flammes qui jalonnent sa destinée, prendre appui sur l’air et s’envoler enfin... sa feuille de route est celle d’une libération qui pourrait s’appliquer à chacun d’entre nous.

 Rendez-vous gare de l'Est - Le lieu unique

 

Un très beau moment riche en émotion... 

 

Vendredi 10 octobre 2014             LUZ

Les 19 élèves de l'option facultative ainsi que tous les élèves de premières et terminales se sont rendus au théâtre Saint Louis pour écouter Luz pièce mise en scène par Violette Campo adaptée du roman d'Elsa Osario Luz ou le temps Sauvage.

    Un spectacle émouvant qui va permettre un travail interdisciplinaire autour de la politique menée par Videla en Argentine et de l'affaire des bébés volés.  

luz

  Lumière... et silence dans la salle. Vient la salve d'applaudissements.  Luz  a laissé sans voix et la gorge nouée. Elle a claqué comme un coup de revolver. Les plans se sont succédé dans un montage rythmé en fondu enchaîné avec des champs contre-champs et des flash-back. Un jeu de rôles cru, tenu par des acteurs soucieux de justesse et dépeint sous la lumière ténue de Dominique Prunier.La création musicale est signée de Vincent Pommereau . En ombre chinoise ou en images projetées, les vidéos de Médéric Grandet donnent vie aux événements. Plusieurs niveaux de lecture s'installent mais sans jamais dévier le regard et l'attention de l'action.  

 Des élèves attentifs, respectueux du travail fourni et un bord de scène d'une grande qualité avec des questions pertinentes et des comédiens professionnels très abordables.

                            Un premier spectacle dont nous nous souviendrons longtemps!